Le faible taux de pénétration de l’assurance pour chats et chiens en France a attiré de nombreuses assurtech, avec un résultat mitigé.

Un marché où le taux d’équipement est inférieur à 10 % ne peut qu’attirer les entrepreneurs en quête d’opportunités. C’est le cas de l’assurance pour animaux de compagnie en France, où les courtiers ont toujours eu une position dominante, soutenus par un petit nombre d’assureurs. Résultat : plusieurs néo-courtiers ont voulu l’investir ces dernières années, espérant s’approcher, ne serait-ce qu’un peu, des taux d’équipement d’autres pays européens. Mais le résultat n’est pas à la hauteur des espérances aujourd’hui. « J’ai le sentiment qu’on s’approche déjà de la saturation du marché ! », estime Julien Garcia, fondateur de l’assurtech Today. Un chiffre montre la faiblesse de la demande : « Les tarifs sur Google Ads pour être bien positionné sur les moteurs de recherche sont très faibles, observe-t-il. Avec un budget de seulement 120 euros par jour, vous pouvez être présent dans 100 % des recherches effectuées sur Google ! »

Parmi les acteurs attirés par cette niche prometteuse figure Injoye. Créé début 2021 par Jacques Oloa et Simon Garito, tous deux issus du tourisme puis de l’e-commerce, le courtier revendique actuellement plus de 1 300 assurés et compte parmi ses partenaires historiques Solly Azar, premier acteur à se lancer en France sur ce marché en… 1984. « Douze mois plus tard, le taux de pénétration évolue peu, sauf quand le prospect vient de notre réseau d’ambassadeurs, que ce soit des éleveurs ou des influenceurs », résume son directeur général Simon Garito.

Anti-sélection

Pourquoi de telles difficultés ? Selon les principaux concernés, les raisons sont multiples. « En dehors des assurances obligatoires, le réflexe de considérer qu’on peut s’auto-assurer est très présent », note le PDG de Lovys, Joao Cardoso. Jusqu’au moment où survient l’accident ou la consultation chez un vétérinaire… Ce qui, mécaniquement, entraîne un fort taux d’anti-sélection. « Les clients se posent souvent de mauvaises questions quand ils s’intéressent à l’assurance animaux. Soit ils viennent d’avoir un sinistre, soit ils attendent un produit de prévention plutôt que d’assurance », observe Simon Garito. « Quand on crée une marque, on attire toujours les mauvais profils en premier », complète Julien Garcia.

Une autre raison majeure des difficultés de ce marché a tout à voir… avec les humains. « Avec le système de protection sociale dont bénéficient les Français, il leur paraît inconce­vable de payer plus cher l’assurance santé de leur chat que la leur », résume le fondateur de Today.

Cet enjeu tarifaire est d’ailleurs à double tranchant : trop cher, le produit peut rebuter, et si, a contrario, « le produit n’est pas assez cher, les prospects pensent qu’il y a une étrangeté », appuie Jacques Oloa. Des offres d’entrée de gamme peuvent ainsi être affichées à partir de 3 euros par mois chez certains acteurs… ce qui permet d’ailleurs de mettre en avant un autre problème récurrent : les garanties. « Une assurance chat/chien déçoit régulièrement les assurés, notamment à cause d’un point : les exclusions ! », tonne Julien Garcia. La longueur de la liste fait en effet souvent plusieurs pages, même pour des acteurs digitaux désireux de transparence… Exemple emblématique : la prévention. Si certains acteurs proposent des forfaits dédiés, le fondateur de Today estime qu’au contraire, cette pratique conduit à une forte inflation des primes. « Aujourd’hui, l’assurance santé en France, c’est surtout du financement de consommation. Doit-on vraiment faire pareil sur le chat/chien ? », ajoute-t-il.

Dernier point à soulever : l’arrivée de ces assurtech sur le marché de l’assurance des animaux ne l’a pas forcément bouleversé d’un point de vue technologique. « La modernisation du marché se voit peu », glisse Julien Garcia, qui entend adopter avec Drooky, le produit lancé par Today en mai dernier, avec déjà plusieurs centaines d’assurés au compteur, un positionnement différent. « La gestion des primes et de la vie des contrats est automatisée et internalisée : gérer nous-mêmes nous permet de faire des économies, poursuit-il. Et c’est aussi vrai sur la gestion de sinistres ! » Un coup d’œil sur les principaux sites de recueil d’avis sur ces assurances permet de constater l’ampleur des manques sur ce sujet sensible…

Une opportunité, mais pas une obsession

Qu’adviendra-t-il donc de ce marché et de cette panoplie d’acteurs ? SantéVet, avec près de 300 000 assurés revendiqués, fait figure d’acteur à part, compte tenu de sa taille, et se tourne maintenant vers l’international. Côté assurtech, si Dalma, Injoye ou encore Kozoo restent pour l’heure mono-produit, Acheel et Lovys ne l’ont jamais été, et Today ne le sera bientôt plus. Pour ces acteurs, le marché du chat/chien est une opportunité, mais pas une obsession. « Il était cohérent pour Lovys de se lancer sur ce marché en 2020 [puis de faire l’acquisition d’Other­wise, pour un portefeuille total estimé à 6 000 animaux assurés, ndlr], mais en lien avec nos autres produits d’assurance, notamment l’habitation », conclut Joao Cardoso.

Catégories : Assurance

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